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mercredi 31 janvier 2018

La compassion pour soi-même liée à une relation de couple plus heureuse

"La compassion pour soi-même réfère à la capacité d'être indulgent et compréhensif envers soi-même lorsque confronté(e) à des insuffisances personnelles ou des situations difficiles plutôt que de se critiquer négativement", explique la psychologue Kristin Neff de l'Université du Texas à Austin.

Kristin Neff et Tasha Beretvas, ont mené cette étude avec 104 couples. Les niveaux de compassion envers soi-même étaient liés au sentiment d'être authentique et heureux dans la relation.

Les personnes ayant un niveau élevé de compassion envers elles-même décrivaient leurs partenaires comme étant plus affectueux(se), intime et acceptant(e) dans leur relation et leur accordant une plus grande liberté et plus d"autonomie. Elles étaient aussi plus satisfaites de leur relation.

Celles qui avaient des niveaux plus bas de compassion envers soi-même décrivaient au contraire leur partenaire comme étant significativement plus contrôlant(e), détaché(e), dominateur(trice) et agressif(ve) verbalement.

L'étude montre aussi que le niveau de compassion envers soi-même et non celui de l'estime de soi était lié à des caractéristiques positives de la relation.

L'estime de soi implique un jugement positif sur soi-même et peut impliquer d'être sur la défensive pour protéger son égo, explique la chercheuse. Alors qu'une personne qui a une bonne compassion envers elle-même peut plus facilement admettre ses erreurs, se pardonner et essayer de faire mieux la prochaine fois. S'accordant à elle-même un support émotionnel et une validation, elle est aussi moins dépendante de son (sa) partenaire pour rencontrer tous ses besoins et peut être plus généreuse envers l'autre.

Compassion envers soi-même

Le concept de compassion envers soi-même s'est développé et popularisé ces dernières années sous l'influence notamment d'un courant d'intégration de certains aspects de la philosophie bouddhiste à la psychologie cognitive et en particulier d'intégration de l'approche dite de pleine conscience à la psychothérapie cognitive.

Selon le modèle développé par Kristin Neff et adopté par plusieurs chercheurs du domaine, la compassion envers soi-même dans les situations de difficulté, implique trois composantes :
  • La bienveillance envers soi-même
    Être chaleureux(se) et compréhensif(ve) envers soi-même dans les moments douloureux, d'échec ou de sentiment d'être inadéquat(e), plutôt que d'ignorer les difficultés ou de se critiquer négativement.
    Les personnes compatissantes envers elles-mêmes reconnaissent qu'être imparfaits, vivre des échecs ou des difficultés est inévitable. Elles ont alors tendance à être bienveillantes envers elles-mêmes dans ces situations plutôt que de ressentir de la colère. Une plus grande sérénité en découle. Lorsque cette réalité est niée ou combattue, la souffrance augmente sous forme de stress, de frustration et d'autocritique.
  • La reconnaissance de son humanité
    Reconnaître que la souffrance et l'échec personnel fait partie de l'expérience partagée par l'humanité.
    La frustration par rapport au fait que les choses ne se produisent pas comme désiré est souvent accompagnée d'un sentiment irrationnel d'isolement, d'être seul(e) à vivre ces situations. Reconnaître que l'on est humain est aussi reconnaître que les pensées, les émotions et les comportements sont affectés par des facteurs « externes » tels que l'histoire parentale, la culture, les facteurs génétiques et environnementaux, ainsi que par les comportements et les attentes des autres. Cette reconnaissance aide à être moins critique sur ses faiblesses personnelles.
  • La pleine conscience
    Observer les pensées et les émotions négatives telles qu'elles sont, sans essayer de les nier ou de les supprimer, et sans les juger.
    Le fait de relier ses propres émotions et pensées à la nature humaine aide à percevoir sa propre situation dans une plus large perspective. Cette observation aide à ne pas se sur-identifier à ses pensées et émotions, ce qui prévient d'être emporté(e) par une réactivité négative, favorisée par un focus étroit et une rumination des émotions négatives.
Dans une étude publiée en 2009 dans le Journal of Personality, Kristin Neff et Roos Vonk ont comparé la compassion envers soi-même à l'estime de soi. Il s'avérait que la compassion prédisait des sentiments plus stables de valeur personnelle que l'estime de soi et était moins dépendante des circonstances. Elle était aussi notamment moins liée à la comparaison sociale, au soucis de l'apparence et à la fermeture d'esprit.
Des études ont associé la compassion envers soi-même à la santé psychologique : des niveaux élevés étaient liés à une plus grande satisfaction générale, à l'intelligence émotionnelle, aux liens sociaux, à l'atteinte d'objectifs, ainsi qu'à moins d'auto-critique, de dépression, d'anxiété, de rumination, de perfectionnisme, de buts de performance et de troubles des comportements alimentaires.

La psychothérapie centrée sur la compassion a été développée par le psychologue britannique Paul Gilbert au début des années 2000. Elle vise à développer la compassion envers soi-même et les autres afin d'améliorer le bien-être.
Elle fait partie des psychothérapies cognitives dites de la 3e vague ou contextuelles qui intègrent la pratique de la pleine conscience.

L'efficacité de la psychothérapie centrée sur la compassion évaluée dans une étude randomisée

 Les approches de psychothérapie centrée sur la compassion gagnent en popularité.
Déjà évoquées dans le documentaire « Vers un monde altruiste? »  dans lequel chercheurs en psychologie, primatologie, mathématiques ou neurosciences mènent des expériences novatrices qui contredisent la thèse de l’égoïsme naturel en prônant plutôt des valeurs comme l’altruisme et la coopération, l’homme n’est pas fatalement un loup pour l’homme. Une vision résolument optimiste qui s’oppose à la sinistrose actuelle d’autant que nous aurions tous la possibilité de cultiver ces tendances en influant directement sur notre cerveau notamment via la méditation.
voir http://download.pro.arte.tv/uploads/Vers-un-monde-altruisteBD.pdf
https://boutique.arte.tv/detail/vers_un_monde_altruiste

Marion P. J. Sommers-Spijkerman de l'Université de Twente (Pays-Bas) et ses collègues ont réalisé une étude randomisée afin d'évaluer l'efficacité d'un protocole d'autoapprentissage guidé (« self-help »), présenté dans le livre « Compassion as Key to Happiness » (2015) du psychologue britannique Paul Gilbert. Cet auteur est reconnu comme le fondateur de la psychothérapie centrée sur la compassion.(compassion-focused therapy (CFT))

Ils ont mené cette étude avec 242 personnes, âgées en moyenne de 53 ans, éprouvant des difficultés et ayant des niveaux faibles à modérés de bien-être, mais à un niveau sous-clinique ne nécessitant pas une intervention médicale immédiate (ils ne rencontraient pas les critères diagnostiques de la dépression ou de troubles anxieux).
La moitié a reçu l'intervention. Ces participants devaient compléter une leçon par semaine et recevaient des emails hebdomadaires pour soutenir leur démarche. L'autre moitié a été inscrite sur une liste d'attente et a reçu l'intervention plus tard sans le soutien des emails.
Avant l'intervention puis 3 et 9 mois plus tard, les participants ont complété différents tests psychologiques.
Comparativement au groupe sur la liste d'attente, celui qui a reçu l'intervention a connu une plus grande amélioration du bien-être et de toutes les composantes mesurées qui s'est maintenue ou amplifiée jusqu'à 9 mois après l'intervention.
« La psychothérapie centrée sur la compassion est prometteuse en tant que stratégie publique de santé mentale pour améliorer le bien-être et réduire la détresse psychologique », concluent les chercheurs.