Pour mieux comprendre l'effet des différentes longueurs d'onde de la lumière, les études précliniques de son équipe ont montré que les LED vertes et bleues produisaient des effets analgésiques chez les rats de laboratoire et inversaient la douleur neuropathique associée à des modèles animaux de douleur chronique. (Douleurs au pluriel)
« Nous avons répété cette expérience au moins cinq fois parce que les données étaient stupéfiantes. Franchement, au début, j'étais dans le déni », rapporte le chercheur.
Les effets analgésiques étaient complètement bloqués lorsque les yeux des animaux étaient couverts, ce qui suggère que les effets étaient principalement dus à des effets systémiques via le système visuel.
Ibrahim et Rajesh Khanna, professeur aux départements de pharmacologie, d'anesthésiologie et de neurosciences de l'UA, débutent l'étude financée par la subvention du National Center for Complementary and Integrative Health faisant partie du NIH, pour étudier le mécanisme par lequel la lumière DEL verte agit sur la neuropathie induite par le VIH.
Par conséquent, une partie de la nouvelle subvention consiste à explorer les circuits du cerveau et de la moelle épinière pour comprendre comment la lumière qui traverse le système visuel peut avoir des effets aussi profonds. Et une fois que nous aurons découvert les mécanismes, nous pourrons optimiser et manipuler le système pour le rendre encore plus efficace»
Le Dr Ibrahim note qu'un autre avantage majeur de cette thérapie est que, dans les études précliniques, elle produisait un effet « synergique » lorsqu'elle était combinée à des médicaments opioïdes. Ainsi, une dose plus faible de médicament était nécessaire, ce qui réduit les risques de dépendance, d'effets secondaires et d'autres problèmes de santé potentiels. « Si nous pouvions réduire la dose d'opioïdes nécessaire, nous pourrions certainement diminuer les effets secondaires et, espérons-le, diminuer le risque de dépendance. C'est certainement un outil potentiel pour aider à faire face à la crise des opioïdes. »
La lumière est l'un des pires ennemis du migraineux.
La photophobie fait en effet partie des symptômes les plus fréquemment rapportés par les personnes souffrant de crises de migraine, quelque 8 millions en France rien que dans la population adulte. Une seule alternative donc en cas de crise : se réfugier dans l'obscurité. A moins qu'un certain type de luminosité soit mieux toléré. C'est ce qu'ont cherché à évaluer des scientifiques israéliens du Beth Israel Deaconess Medical Center. Et selon leurs résultats publiés dans la revue Brain, la lumière verte serait la candidate idéale.
Des signaux neuronaux plus faibles
Les scientifiques ont exposé des migraineux photophobes à différents types de lumière : blanche, bleue, ambre, rouge et verte donc. Et sur les 69 patients atteints de migraines sévères inclus dans l'étude, 80% d'entre eux ont vu leur douleur s'intensifier au contact de toutes les lumières, sauf la verte. Celle-ci a même eu pour effet de réduire ces douleurs chez 20% d'entre eux. Outre le caractère déclaratif de l'évaluation de la douleur par les patients, les chercheurs se sont aussi appuyés sur l'intensité des signaux électriques produits par la rétine de l'œil et le cerveau en réponse à chaque type de lumière. Ils se sont ainsi aperçus que les lumières bleue et rouge provoquaient une réaction plus importante que ce soit dans la rétine ou dans le cortex, tandis que la lumière verte produisait des signaux bien plus faibles.
L'obscurité reste plus efficace
De précédentes observations chez le rat montraient en effet que les neurones de la zone du cerveau chargée de transmettre les informations sur la lumière - le thalamus - étaient moins sensibles à la lumière verte qu'aux autres. Autrement dit, que le mécanisme de la photophobie est moins marqué par une luminosité verte. Ainsi les chercheurs envisagent-ils des applications concrètes comme par exemple des lunettes capables de filtrer le spectre lumineux pour ne laisser passer que le vert. Ou encore des ampoules de basse intensité n'émettant qu'en vert. Le but étant bien sûr de trouver des solutions à l'isolement des migraineux forcés de se réfugier dans le noir. Reste que si la lumière verte est mieux tolérée que les autres en cas de crise de migraine, il faut rappeler que même dans l'obscurité, la migraine reste douloureuse et difficilement supportable. L'obscurité reste en effet la meilleure alternative contre ces douleurs, preuve en est que les chercheurs réservaient des plages de plusieurs minutes dans le noir complet aux volontaires.
La douleur aiguë est liée à une atteinte tissulaire brutale (traumatisme, lésion inflammatoire, distension d’un viscère…).
Elle est souvent associée à des manifestations neurovégétatives (tachycardie, sueurs, élévation de la pression artérielle) et à une anxiété.
C’est un signal d’alarme dont la ‘finalité’ est d’informer l’organisme d’un danger pour son intégrité.
Une fois son origine identifiée, sa prise en charge nécessite sa reconnaissance et un traitement essentiellement pharmacologique reposant sur les antalgiques avec un objectif curatif.
Douleur procédurale
C’est la douleur induite par les soins (ponction, pansement, prise de sang, mobilisation du patient…).
Sa prise en charge nécessite l’identification préalable des soins potentiellement douloureux et la mise en place de protocoles qui ont un objectif préventif (pose d’anesthésiant local avant ponction, prémédication avec un antalgique d’action rapide immédiatement avant la réalisation d’un soin douloureux…).
La prise en charge de la douleur procédurale doit être une préoccupation constante de tout professionnel de santé et c’est un élément majeur de la qualité des soins
Douleur chronique
La Haute Autorité de Santé définit la douleur chronique comme un syndrome multidimensionnel exprimé par la personne qui en est atteinte. Il y a douleur chronique, quelles que soient sa topographie et son intensité, lorsque la douleur présente plusieurs des caractéristiques suivantes :
persistance ou récurrence, qui dure au-delà de ce qui est habituel pour la cause initiale présumée, notamment si la douleur évolue depuis plus de 3 mois ; réponse insuffisante au traitement ;
détérioration significative et progressive du fait de la douleur, des capacités fonctionnelles et relationnelles du patient dans ses activités de la vie journalière, au domicile comme à l’école ou au travail.
Lorsqu’elle devient chronique, la douleur perd sa ‘finalité’ de signal d’alarme et elle devient une maladie en tant que telle qu’elle que soit son origine.
La douleur chronique est fréquemment associée à des facteurs de renforcement qui participe à son entretien comme :
des manifestations psychopathologiques ;
une demande insistante par le patient de recours à des médicaments ou à des procédures médicales souvent invasives, alors qu‘il déclare leur inefficacité à soulager ;
une difficulté du patient à s’adapter à la situation.
La douleur chronique doit être appréhendée selon un modèle bio-psycho-social, sa prise en charge reposant d’abord sur une démarche évaluative puis sur un traitement, souvent multi-modal, dont l’objectif est réadapatif.
Il est possible de distinguer trois types de douleur chronique en fonction des mécanismes à l’origine de cette dernière :
La douleur nociceptive ou par excès de nociception ou encore inflammatoire est une douleur due à une stimulation persistante et excessive des récepteurs périphériques de la douleur : les nocicepteurs. Ce type de douleur peut survenir dans un contexte de cancer mais également dans des contextes plus ‘bénins’ comme la maladie arthrosique. La douleur nociceptive répond aux antalgiques, cette approche pharmacologique devant être intégrée à une approche thérapeutique plus globale commune à toute douleur chronique.
la douleur neuropathiqueliée à une lésion ou une maladie affectant le système somato-sensoriel. L’atteinte du système somato-sensoriel peut survenir dans un contexte neurologique évident (douleur survenant après un zona, neuropathie diabétique douloureuse, douleur central survenant après un accident vasculaire cérébral..). Elle survient aussi fréquemment dans un contexte non neurologique comme les suites post-opératoires, la chirurgie (même bénigne) étant souvent responsable de lésions nerveuses. Elle se caractérise par des douleurs à type de brulures ou de décharges électriques avec à l’examen clinique une moindre sensibilité ou, au contraire, une douleur induite par un stimulus non douloureux. Elle est souvent associée à des signes sensitifs non douloureux ( fourmillements, picotements, engourdissements, prurit). Sur le plan pharmacologique, la douleur neuropathique répond mal aux antalgiques et elle justifie en première intention de certains anti-épileptiques et/ou de certains anti-dépresseurs.
la douleur dysfonctionnelle ou centrale : Il s’agit d’une douleur liée à un dysfonctionnement des systèmes de contrôle de la douleur sans lésion identifiée.
Les douleurs dysfonctionnelles les plus fréquentes sont la fibromyalgie, la céphalée de tension, la colopathie ‘fonctionnelle’ ou la cystite interstitielle.
En l’état de nos connaissances, la douleur dysfonctionnelle répond peu au traitement pharmacologique et sa prise en charge thérapeutique fait plus appel à des approches non-pharmacologiques
Le rapport de la commission d’enquête française sur la fibromyalgie,
présidée par la députée Sylviane Bulteau et ayant pour rapporteur et
initiateur le député Patrice Carvalho, a été publié, le 19 octobre 2016, sur
le site de l'Assemblée nationale.
Lire le rapport http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-enq/r4110.asp
Il présente
l'état des connaissances sur la pathologie décrite
comme un trouble fonctionnel cérébral de la modulation de
la douleur
les traitements existants absence de traitement médicamenteux ayant fait la preuve de son efficacité
La recommandation de favoriser les traitements non médicamenteux (notamment sophrologie, méditation de pleine conscience)
la situation difficile des malades en France et leur prise en charge lacunaire par le système de santé
Plusieurs audition sont intéressantes, notamment celle de l'association Fibromyalgie-SOS https://fibromyalgiesos.fr/rdv2/
leur site est très complet
Des chercheurs de la Mayo Clinic aux Etats-Unis ont rassemblé les essais
cliniques publiés entre 1966 et mars 2016 sur le traitement non
médicamenteux de la fibromyalgie.
D'après les données, cinq pratiques corporelles ou psychocorporelles se
révèlent efficaces pour atténuer les maux de dos, l'arthrose, la douleur
au cou, les maux de tête et la migraine et la fibromyalgie.
- l'acupuncture apporte une amélioration
significative sur les scores de fatigue et d'anxiété liées à la
fibromyalgie. Aucun événement indésirable grave n'est signalé.
- La méditation de pleine conscience constate une réduction du stress et
des troubles du sommeil ainsi qu'une réduction de la sévérité des
symptômes.
- la conscience de soi, une technique qui donne une importance à la prise
de conscience et l'expression des émotions constate une réduction
significative de la douleur et une amélioration du fonctionnement
physique.
- la visualisation mentale guidée semble apporter une diminution
significative de l'intensité des douleurs, de la fatigue et de la
dépression et enfin dans l'auto-efficacité de la gestion des symptômes.
- Enfin, le tai-chi-chuan permet une diminution des symptômes.
En revanche, les massages n'ont produit aucun effet.
Mindfulness Based Stress Reduction (MBSR) ou Réduction du stress basée sur la pleine conscience (MBSR)
Cette méthode a été la première à avoir été codifiée et introduite dans le champ de la médecine par le Jon Kabat-Zinn. Elle propose notamment, face aux moments de stress quotidiens, de ne pas chercher à fuir ces instants par la distraction (en pensant à autre chose) ou l'action (en s’absorbant dans le travail ou un loisir) ; il s’agit au contraire de les accueillir et de les observer, dans un état particulier de conscience et d’éveil corporel qui permet d’éviter qu’ils s’aggravent ou deviennent chroniques.
Indications : états anxieux ou douloureux chroniques.
Mindfulness Based Cognitive Therapy (MBCT) ou Thérapie cognitive basée sur la pleine conscience
Cette thérapie cognitive associée à la pleine conscience a été codifiée et scientifiquement évaluée par Zindel Segal et ses collègues, de l’Université de Toronto. Elle fait précéder les exercices de thérapie cognitive (modification du contenu des pensées négatives) par des exercices de pleine conscience (modification du rapport aux pensées négatives : mieux les tolérer, moins se laisser influencer par elles, sans forcément chercher à les modifier). On cherche à explorer tout ce qu’une pensée négative déclenche en termes d’émotions, de réactions corporelles, d’autres pensées et cycles de rumination, de tendance à se replier sur soi, etc.
Indications : prévention des rechutes chez les personnes dépressives.
Dialectical Behavior Therapy (DBT) ou Thérapie comportementale dialectique
Cette thérapie conçue à l’Université de Washington par la psychologue comportementaliste Marsha Linehan pour les personnes souffrant de troubles de la personnalité borderline, intègre entre autres
une pratique régulière de méditation Zen aménagée. Cette pratique permet à de ces patients de développer une meilleure « conscience émotionnelle », et donc une meilleure tolérance aux émotions douloureuses, qu’ils ont sinon tendance à évacuer par des passages à l’acte (agressions verbales, auto-agressions, gestes suicidaires) ou par la consommation de produits toxiques divers.
Indications : troubles de la personnalité de type borderline.
Open Focus Therapy (OFT) ou Thérapie de l’ouverture attentionnelle
Cette thérapie proposée par le psychologue américain Les Fehmi, repose sur des exercices de régulation attentionnelle très proches de la pleine conscience. Elle consiste à se désengager du mode attentionnel « étroit-objectif » (qui consiste à se focaliser sur une idée) pour privilégier le mode attentionnel qualifié de « diffus-immergé » (garder le champ de sa conscience ouvert à tout ce qui nous entoure, en s’efforçant de ressentir plus que de réfléchir). Indications : troubles émotionnels, notamment anxieux, troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité.
Thérapie Fondée sur la Compassion (TFC)
Développée par le Professeur Paul Gilbert (Professeur de Psychologie Clinique à l’Université de Derby, GBR), la Thérapie Fondée sur la Compassion (TFC) est
une approche multimodale s’étayant sur les thérapies
cognitivo-comportementales, en offrant une place prépondérante au
Mindfulness (Pleine Conscience) et à une dimension de compassion
spécifique.
Cognitively-Based Compassion Training (CBCT) ou entrainement cognitif basé sur la compassion
Enraciné dans le lojong
bouddhiste tibétain ou « l' esprit-formation» tradition, Cognitively
Basé Compassion Training ™ (CBCT) a été développé à l' Université Emory à
Atlanta, en Géorgie par Lobsang Tenzin Negi, Ph. D. L' un des
principaux programmes de l' Amérique du Nord dans la méditation de
compassion, CBCT est une méthode systématique de formation
progressivement l'esprit jusqu'à ce que la compassion devient une
réponse spontanée. La Compassion commence par la stabilisation de
l'activité mentale puis progresse par la culture d'un
sentiment de proximité avec les autres et la
reconnaissance des causes de la souffrance. Indications:réduire
le stress, renforcer la résilience, d'améliorer les relations, et / ou
tout simplement favoriser cette valeur humaine universelle en soi et des
autres
développée par le psychologue américain Steven C. Hayes et ses collègues, appartient au courant de la thérapie cognitive et comportementale. Plus précisément, elle figure parmi les thérapies récentes dites contextuelles, aussi appelées thérapies de troisième vague.
Elle vise à améliorer la flexibilité psychologique,
c'est-à-dire la capacité d'être en contact avec les émotions et les
pensées du moment présent tout en maintenant ou changeant au besoin son
action dans la poursuite de ses objectifs ou de ses valeurs.
Les habiletés pour composer avec les pensées et les sentiments négatifs sont dites de pleine conscience ("mindfulness"). Dans l'ACT,
la méditation n'est qu'un moyen parmi d'autres.
Cette psychothérapie, portant le nom du médecin suisse qui la développa au début du XXe siècle, présente de nombreuses analogies avec la pleine conscience. Elle encourage à porter régulièrement attention aux expériences sensorielles de l’instant, afin de se libérer des ruminations et automatismes mentaux et comportementaux liés au passé.
La sophrologie a intégré cette méthode ainsi que d'autres techniques de relaxation occidentale (training autogène de Schultz, méthode Vittoz, relaxation progressive de Jacobson...)
Il n’existe pas, pour le moment, d’indications bien définies, en dehors du champ aussi vaste que vague des « troubles névrotiques » (symptômes anxio-dépressifs, manque de confiance en soi, etc.).
«Quelle relation pourrait-il y avoir entre le bouddhisme, une
ancienne tradition philosophique et spirituelle indienne, et la science
moderne ? ». Cette question était posée par Tenzin Gyatso, le
quatorzième dalaï-lama (chef spirituel du bouddhisme tibétain), à la
rencontre annuelle de la Société des neurosciences, à Washington,
en 2005. Quelques centaines de participants – sur un total de 35 000 –
avaient alors protesté contre la tribune qui lui était accordée,
estimant qu'un chef religieux n'avait pas sa place dans une rencontre
scientifique. Pourtant, la collaboration entre science et bouddhisme
avait déjà commencé à porter ses fruits.
Le dalaï-lama a entrepris cette collaboration dès les années 1980, suscitant la création de l'Institut Mind and Life
(Esprit et vie), dédié à l'étude de la « science contemplative ».
En 2000, il a suggéré aux chercheurs d'étudier l'activité cérébrale de
méditants bouddhistes « experts » – c'est-à-dire ayant entre 10 000 et
60 000 heures de pratique.
Pendant près de 15 ans, plus de 100 méditants bouddhistes – moines et
laïques, orientaux et occidentaux, hommes et femmes – et de nombreux
débutants ont participé à des expériences sur la méditation dans une
vingtaine d'universités, dont celle du Wisconsin à Madison, aux
États-Unis. Lors d'études d'imagerie, on a comparé l'activité cérébrale
de méditants experts et novices. On a ainsi découvert de premiers
éléments expliquant les multiples bénéfices cognitifs et émotionnels que
peut apporter cette pratique. De fait, les objectifs de la méditation
recoupent largement ceux de la psychologie clinique, de la psychiatrie,
de la médecine préventive et de l'éducation. Un nombre croissant de
recherches suggèrent qu'elle peut aider à traiter la dépression et la
douleur chronique, ainsi qu'à développer un sentiment de bien-être
général.
Première recherche : la méditation induit une plus grande plasticité cérébrale
La découverte des bienfaits de la méditation coïncide avec des
résultats récents sur la plasticité du cerveau adulte, qui peut être
profondément modifié par l'expérience vécue. Ainsi, chez un violoniste,
une région cérébrale qui contrôle les mouvements des doigts s'agrandit
progressivement à mesure qu'il apprend à jouer de son instrument. Un
processus similaire semble se produire lors de la méditation. Le
pratiquant régule ses états mentaux pour parvenir à une forme
d'enrichissement intérieur, ce qui modifie le fonctionnement et la
structure du cerveau. La méditation semble même susceptible d'augmenter
la connectivité des circuits cérébraux et de produire des effets
bénéfiques non seulement sur l'esprit et le cerveau, mais aussi sur
l'ensemble du corps.
La méditation s'enracine dans les pratiques contemplatives de presque
toutes les grandes religions. Elle est très présente dans les médias,
mais avec diverses significations. Pour nous, pratiquer la méditation
signifiera cultiver des qualités humaines fondamentales, telles que la
stabilité et la clarté de l'esprit, l'équilibre émotionnel, le souci des
autres et même l'amour altruiste et la compassion – des qualités qui
restent latentes tant que nous ne nous efforçons pas de les développer.
C'est aussi une familiarisation avec une manière d'être plus sereine et
plus souple.
La méditation est relativement simple et peut se pratiquer partout.
Aucun équipement n'est nécessaire. Le méditant commence par adopter une
posture physique confortable, ni trop tendue ni trop relâchée, et par
souhaiter une transformation intérieure, ainsi que le bien-être des
autres et le soulagement de leurs souffrances. Il doit ensuite
stabiliser son esprit, trop souvent confus et envahi par un incessant
bavardage intérieur. Cela passe par une libération des conditionnements
mentaux.
trois types de méditation
Les neuroscientifiques commencent à découvrir ce qui se passe dans le
cerveau au cours de trois types communs de méditation. Ces derniers ont
été développés par le bouddhisme et sont désormais pratiqués dans le
cadre de programmes laïques, au sein d'hôpitaux et d'écoles du monde
entier. La méditation du premier type, dite par attention focalisée, vise à
apprivoiser et à centrer l'esprit sur le moment présent, tout en
développant la vigilance. Celle du deuxième type, qu'on appelle méditation de pleine conscience
ou de surveillance ouverte (parfois aussi conscience non réactive),
cultive une conscience plus neutre des émotions, des pensées et des
sensations, pour éviter qu'elles deviennent incontrôlables et créent une
détresse mentale. Dans cette pratique, le méditant demeure attentif à
ses ressentis, sans se concentrer sur quelque chose en particulier. Enfin, un autre type de méditation développe la compassion et
l'altruisme envers les autres, tout en réduisant la tendance à rester
centré sur soi-même.
Wendy Hasenkamp, de l'Université Emory aux États-Unis, et ses
collègues ont utilisé l'imagerie cérébrale (l'imagerie par résonance
magnétique fonctionnelle, ou irmf) pour identifier les réseaux neuronaux activés dans la méditation par attention focalisée
Les chercheurs ont d'abord constaté des différences fonctionnelles dans le cerveau des méditants experts par rapport à celui des novices, quand ils étaient en état de concentration et de compassion. Ensuite on a essayé de voir si ces différences étaient bien produites par l’entraînement à la méditation et non par des différences individuelles pré-existantes. Pour tester cette hypothèse, ils ont mesuré des marqueurs comportementaux et neuroélectriques de l’attention chez des méditants avant et après trois mois intensifs de méditation (12 heures par jour). Ces marqueurs électroencephalographiques (EEG) permettent d’étudier la chronométrie des événements mentaux, en mesurant l’activité électrique du cerveau à l’aide d’électrodes sur le scalp. Ils ont aussi collecté des données similaires chez des personnes novices à qui ils ont appris à méditer pendant une semaine. Ils ont constaté une amélioration de la concentration, des ressources attentionnelles chez les participants qui ont fait les 3 mois d’entraînement mais pas chez les contrôles. Ces études publiées ont montré, pour la première fois, que l’entraînement à la méditation provoque des changements fonctionnels dans le cerveau. Cela suggère que la pratique de la méditation induit de la neuroplasticité, c’est à dire une ré-organisation de l’activité neuronale. D’autres groupes ont maintenant montré que cette neuroplasticité n’est pas seulement fonctionnelle, mais que la structure même du cerveau est modifiée par cet entraînement mental.
Moindre sensibilité à la douleur
Les chercheurs se sont interrogés sur l'impact de la méditation sur la douleur. Cette question de la douleur est intéressante tout autant pour la pratique même du bouddhisme, qui vise à changer sa relation à la souffrance que pour la pratique médicale. On applique sur le poignet une thermode qui, pendant dix secondes, fait passer de l'eau très chaude qui crée une brève douleur, et nous examinons, grâce au scanner cette fois, s'il y a une différence dans la perception de la douleur. On sait qu'il y a une différence entre la sensation brute de la douleur et l'expérience affective qui s'ajoute à cette première expérience sensorielle. Notre intelligence anticipe la souffrance possible liée à la douleur. A l'expérience sensorielle se rajoute l'interprétation conceptuelle de la douleur. Et c'est sur cette interprétation que la méditation peut agir. On prend conscience de cette « couche » d'interprétation cognitive qui se rajoute à l'expérience immédiate et qui amplifie la douleur elle-même.
Alors, si on ne change pas la douleur elle-même, on peut changer notre rapport à elle. Cela offre des perspectives pour des travaux cliniques, pour soulager des douleurs chroniques, car la pratique de pleine conscience aide les patients à mieux accepter leur douleur. Par l'imagerie, on a pu montrer la modulation de l'anticipation de la douleur chez les méditants*. Les régions du cerveau touchées par l'anticipation anxieuse étaient moins actives que chez les novices. De manière intéressante, l’activité neuronale en réponse à la douleur reflétait une moindre sensibilité à la douleur au cours du temps, suggérant une plus grande capacité des experts à désautomatiser l'anticipation anxieuse de la douleur.
La recherche au USA
De 2000 à 2012, plus d'une centaine d'hommes et de femmes, moines et
laïcs pratiquants du bouddhisme, et un très grand nombre de débutants se
sont prêtés à ces expériences scientifiques dans une vingtaine
d'universités de renom. En avril 2012, le premier Symposium
international sur la recherche en sciences contemplatives a rassemblé
pendant trois jours à Denver (États-Unis) plus de sept cents chercheurs
du monde entier, donnant ainsi la mesure de l'essor de ce domaine de
recherche. De plus, en juin de chaque année, une centaine de jeunes
chercheurs se réunissent pendant une semaine autour de chercheurs
chevronnés.
Le second Symposium
international sur la recherche en sciences contemplatives s'est tenu en 2014. voir http://www.iscs2014.org/
Ces recherches ont non seulement montré que la méditation avait provoqué
d'importants changements, tant fonctionnels que structuraux, dans le
cerveau des pratiquants expérimentés, mais aussi que quelques semaines
de méditation, à raison de trente minutes par jour, induisaient déjà des
changements significatifs dans l'activité cérébrale, le système
immunitaire, la qualité de l'attention et bien d'autres paramètres.
(Matthieu RICARD, « Plaidoyer pour l’altruisme, la force de la bienveillance » (2013), Éditions NiL, p.277-278
Plus de 200 hôpitaux américains ont intégré les pratiques de pleine conscience.
Au centre de Madison de Richard Davidson, des études sur la méditation dans l'éducation ont commencé avec des mesures pour quantifier l'impact de la méditation chez les enfants, et sur la qualité de l'enseignement quand les enseignants sont familiarisés avec ces pratiques.
La recherche en France
Selon Antoine Lutz, chercheur impliqué dans les premiers travaux sur la méditation au USA "En France, nous en sommes aux balbutiements mais il y a un intérêt croissant. C’est très encourageant. Le but aujourd'hui de mes recherches à l'Inserm à Lyon est de travailler sur l'impact des thérapies méditatives sur la dépression. Je rappelle que nous sommes l'un des premiers pays consommateurs d'anxiolytiques et d'anti-dépresseurs. Il y a un intérêt croissant des hôpitaux pour ces autres thérapies. C'est dans l'air du temps. Quand je suis parti aux USA, c'était nouveau aussi. En France, nous avons, dans les sphères publiques, une relation sans doute plus distante avec la spiritualité, peut-être liée à une séparation plus forte entre la religion et l'état dans notre société... Plus profondément, nous vivons sans doute l'héritage d'une pensée cartésienne qui privilégie l'abstraction et la pensée déconnectée de la vie émotionnelle. Apprendre à lâcher prise, à ne pas s’accrocher à des pensées douloureuses et à s’ouvrir à l'expérience immédiate, c'est ce qu'on fait avec la méditation et cela nous fait entrer dans une autre perspective. La psychiatrie est un bon endroit pour expérimenter l'approche méditative car on y mêle le mental et l'approche purement médicale. Mais en sciences fondamentales, cette question est encore peu thématisée." https://crnl.univ-lyon1.fr/index.php/fr/Accueil/ERC-Brain-Mindfulness-A.-Lutz
lire
Méditation : comment elle modifie le cerveau. Les neurosciences explorent le cerveau des méditants. Et confirment les effets bénéfiques de ces très anciennes pratiques méditatives.
Matthieu Ricard, Antoine Lutz et Richard Davidson - Pour la Science
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N°448 -